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jeudi 31 mars 2022

respect

 « Le monde reconnaît le bien et par là le mal se révèle.» 

Shi Bo

"on continue "très bien" de vivre malgré le malheur des autres. un continent entier englouti sous les eaux ne nous empêcherait pas d'aller le soir au cinéma ou de regarder la télévision."

ce que constatait en 1969 Kostas Axelos dans son livre Le Jeu Du Monde, s'est tellement hypertrophié qu'aujourd'hui c'est tout simplement devenu la raison qui nous justifie à regarder la télé, aller au cinéma…





vendredi 26 novembre 2021

26 novembre

« Je ne me considère pas comme un intellectuel, c’est-à-dire comme quelqu’un qui donne son avis sur toutes les choses à longueur de jour et de nuit. J’ai des préférences personnelles en ceci, en cela, mais ce que je pense et ce que j’essaie de faire, tout en m’adressant, pour reprendre un mot de Nietzsche, « à tous et à personne », ne peut que rester souterrain et exercer, si ça doit jamais l’exercer, un pouvoir invisible plutôt que visible. D’ailleurs, pour le dire en une formule, ce n’est pas l’homme qui pense, c’est la pensée qui pense l’homme. Tout enfants, mon frère et moi avions une gouvernante allemande qui nous mettait au lit, et chaque soir, en éteignant la lumière, elle disait : « encore un jour qui ne reviendra jamais. » Ça nous plongeait dans une sorte d’étonnement : comment un jour peut-il ne pas revenir, je devais avoir quatre, cinq ans à l’époque, et j’ai toujours encore cette impression du jour qui ne revient pas, et un pressentiment qu’avec le temps, il y avait problème. Qu’est-ce que c’était hier, qu’est-ce que c’était aujourd’hui ? Qu’est-ce que ça sera demain ? »

Kostas Axelos

" Il n'y a ni bon ni mauvais usage de la liberté d'expression, il n'en existe qu'un usage insuffisant. " L'affirmation de Raoul Vaneigem donne le ton de cet essai qu'il consacre à la liberté la plus fondamentale de l'être humain.

Pouvons-nous sortir de la forteresse « immunologique » de l’humanisme ? Car, à concevoir l’homme comme une exception au sein du règne animal, l’humanisme fabrique « un impératif de transformation fondé sur un déni de la nature » et donc travaille à sa destruction, emportant à terme l’homme lui-même. Neyrat ne se contente pas de critiquer l’humanisme des Modernes – à commencer par celui d’Érasme. Il teste également les discours philosophiques « antihumanistes » de Heidegger, Althusser et Lévi-Strauss ou « post-humanistes » de Sloterdijk, Stiegler ou Serres. Et il pointe dans la plupart des cas un attachement encore « humaniste » à l’idée d’exception, donc de privilège humain, fût-il fondé sur un défaut ou un accident évolutif. C’est ainsi qu’il met en chantier un « anti-humanisme relationnel » qui englobe le lointain ancêtre Toumaï, le cyborg de Blade Runner comme le singe Washoe s’exprimant en langue des signes : si « l’être-labyrinthe à forme humaine » est un être indéterminé, sans origine ni fin, l’erreur est de vouloir abolir cette indétermination en misant sur un progrès autodestructeur. À l’inverse, l’« héroïsme » consisterait à faire place à ce « rien » qui pourtant nous fonde. Une réflexion radicale, donc, et à réserver aux amateurs… de labyrinthe !

Une recension de Philippe Nassif, publié le 22 octobre 2015




 

lundi 1 décembre 2014

résurrection : insurrection


Quand tout ce qui porte le nom pompeux de structure sociale et d’institution - étant cependant quelque chose de bien plus ample et profond - , quand les formes de tout ce qui a été et est se disloquent, se désintègrent et demeurent rongées, quand religions et fois, patries et communautés, états et partis, systèmes et idéologies, familles et mariages se vident de leur substance, comme se vide le homard, pris dans la corbeille du pêcheur, à l’approche du poulpe, quand les écoles et les instituts construisent sans trêve leurs ruines neuves…
Quand tout ce qui est et se fait se trouve frappé du sceau de l’irréalité - sans nullement devenir romantique ou romanesque - et ne cesse d’être pris dans l’engrenage de la représentation; quand rien n’échappe à la théâtralité des habitudes moralisantes et morales « fondées » sur l’habitude morale (et sur quelque puissance encore plus secrète), quand tout succombe à la volonté de positivité, en plein milieu de destructions et de destructutrations des structures (les accords, aujourd’hui nettement discordants, n’ayant jamais été des constructions artificielles); quand les services publics et les formalités officielles recouvrent ce qui, sous les cendres, ne cesse de couver,
alors il ne reste qu’à continuer le jeu - pour ceux qui ne peuvent faire autrement, parce qu’il n’y a pas autre chose à être ou à faire. 
Continuer, en allant de l’avant : sans nervosité excessive et sans fatalisme, continuer à … En anticipant. 
Et toujours recommencer. 
Jusqu’à l’éclatement final et fatal - qui viendra bien plus tard qu’on ne le pense.


Kostas Axelos, Le Jeu Du Monde, 1969