mardi 11 juin 2019

Les invisibles


Ils arrivent en camionnette grise déglinguée. Sans inscription d’aucune raison sociale. Les anonymes associés. Trouver une place libre. Ne pas récolter un PV.
Ils ne parlent pas français. En baragouinant, ils expliquent « Parler pas français » « Où Français ?, pas rencontré ». La mine désolée. Ils le déplorent. Déplorent – chansonnette, comptine enfantine - que « les Français, ça n’existe pas, ça n’existe pas ». « Ils sont passés par ici, ils repasseront par là, où ca ?» 
Mais harassés, toujours sur le qui-vive d’un chantier à rejoindre, toujours plusieurs fers sur le feu, où trouveraient-ils le temps ? Ils sont ici depuis 2 ans, 5 ans.

Ce sont de pauvres bougres, on se prend à vouloir  jouer au sauveur. On est grotesque.
Entre misérabilisme, paternalisme, compassion. On prête le flanc. Suspect de s’acheter une bonne conscience à bon compte. Confit en impuissance comme en odeur de sainteté. Presqu’abject, dirait-on. On a pourtant appris à l’école que la langue, c’est la liberté. Voltaire, les Lumières et tout le bataclan. De l’attente au portillon : des cours d’alphabétisation sont organisés dans les mairies. L’absentéisme y est condamnable ; au bout de trois séances  sautées, c’est l’exclusion. Une armée d’ombres attend, guette la place à saisir. Ils sont les damnés de la terre, corvéables à merci. Banlieues vagues où ils disent habiter. Se fondre dans la masse. Se méfier. Non déclarés.

On commence à percevoir que c’est un système qui arrange pas mal de monde. Fraude et corruption à tous les étages. Fermer les yeux. Ca crève les yeux. On soupçonne que l’indignation – forcément impuissante du citoyen ouest-européen – fait partie du décorum, des vanités de ce monde, s’intègre au programme prévu, à la comédie qui se joue.
On se surprend à porter d’autres entraves. Etats d’âme consommables. On est parlé comme qui dirait.
Pendant ce temps-là, Notre-Dame est en flammes, les Gilets jaunes sur la place. Le tohu-bohu des hélicoptères plane au dessus des têtes. Les charpentes s’écroulent en direct. Télé-réalité, énième sérial-season à tout-va. Intrusion de l’événement historique. Aucun rapport ? On cherche le hyatus ou le raccord dans tout ça. Tout cela n’est pas si grave. D’ailleurs rien n’est grave. On nous raconte des histoires.

Par défaut, quand on leur demande s’ils parlent anglais, ils rétorquent, paupières lourdes de cernes, corps usés, une lueur ironique ou est-ce amusée dans le regard « Et vous, parler russe ? ».
La géopolitique est au rendez-vous. Les blocks – en sourdine – continuent de s’affronter. On cherche. On ne poursuit pas expressément la vérité mais un récit possible au milieu des décombres, de la casse, des appels aux dons par carte bancaire au Monoprix, des bips des sms promotionnels sur téléphone portable geolocalisé. On ne raccommode pas, on remplace, on solde. Eux aussi, à 45 ans, ils seront bons à jeter aux chiens.

L’antique louve romaine a été déboulonnée de la capitale du pays par la puissance longtemps occupante. La misère y règne. C’est un pays de mauvais conte de fées cerné par les prétentions territoriales limitrophes. Grande lessiveuse du croque-mitaine de l’est, ouvroir à putains pour l’Ouest. Pays hémorragique qui se vide. Un pays peau de chagrin. 

Le petit bonhomme se pavane tout en promenant son petit bidon tout rond comme un ballon. D’ailleurs c’est le ballon qui l’intéresse. Plutôt ovale, s’il vous plaît. Quelque distinction bourdieusienne entre football et rugby, voilà qui permet de se hausser du col, d’échapper à la vulgate contemporaine. D’ailleurs, pourquoi aller voter aux élections européennes quand en ce jour sacramentel, sur les bords de la Loire, le rejeton dispute un match dont son équipe – et par conséquent ce même rejeton surtout - sortiront vainqueurs, évidemment. Pas l’ombre d’un nuage dans la douceur angevine. 

Que le monde aille comme il va, à la va-comme-je-te pousse. Le petit bonhomme, ça l’arrange. Et même, il préfère. Pour sa part, il pratique les filières, recrute sur les trottoirs,  entérine avec compassion l’asservissement des pauvres bougres. « Des bons gars, des gars honnêtes …et toujours le cœur à l’ouvrage, et consciencieux, et compétents, et disponibles 7 jours sur 7, s’il le faut », bref d’une dévotion sans faille ». Ca doit l’épater, c’est certain. Se rend-il compte de l’ironie ? Lui qui avant de s’improviser Patron de sa petite entreprise de bâtiment vendait du vin français - frelaté ? vinasse ?, il ne précise pas, on extrapole - en Californie. Bla bla bla. Ca doit l’épater mais ca vise surtout à impressionner la galerie. Un vrai cosmopolite, mutatis mutandis. Un certain art de la grandiloquence…. « Mes hommages, … » « Absolument désolé.. » «  Transmettez mes confuses amitiés » Là, ça déraille. 

Les bougres ne connaissent que son prénom assorti de « Monsieur ». Préséance précautionneuse. Le petit bonhomme adopte les codes des polars de série B. Un petit côté maffieux n’est peut-être pas pour lui déplaire. A son tour de s’inventer un personnage clandestin mais surtout on radine et on entourloupe derrière les civilités, on exploite en tressant les louanges, on philosophe même car «  Après tout, personne n’est parfait ». La magnanimité, quand même, c’est quelque chose !

Et si le scénario, ce n’était pas ça ? S’il y avait une autre distribution des rôles ? Le rideau tombe. On recommence.

 Mary Hant

lundi 20 août 2018

lundi 8 janvier 2018

lundi 27 novembre 2017

vendredi 10 novembre 2017

samedi 25 février 2017

sujetsobjets



miroir de la domination


Progress (a. k. a. The Dream Before) - Laurie Anderson Live in San Remo ...



pour suivre les bons conseils de Véronique

je bascule doucement de la facilité inconsistante de Facebook

vers les gouffres de marins du blog 

car, comme dit si bien Ray Davies :

Strangers on this road we are on
We are not two we are one

mardi 31 janvier 2017

comment

être et ne pas être
telle est ma réponse

samedi 17 septembre 2016

jeudi 11 août 2016

Saint Landru

 

un autel sauvage
à peine entrevu
puis disparu
dans la fraîcheur matinale
de Plainpalais
à Genève
le 12 février 2014

mercredi 10 août 2016

numéro sept

un numéro 7  de l'amateur de plein air est en gestation
en référence au livre de Jean Baudrillard paru en 1990


toute suggestion
proposition
participation
collaboration
est bienvenue


dimanche 7 août 2016

dimanche 13 mars 2016

les normes nous écrasent

dernières nouvelles de la dictature du signifiant


la foudre détruit ce qu'elle frappe
un poids énorme écrase ce qu'il presse
la puissance capricieuse d'un tyran est plus terrible que la foudre

mardi 1 mars 2016

confirmation

un petit extrait d'un film autour de l'exposition 
VOYAGE(S) EN UTOPIE, JEAN-LUC GODARD, 1946-2006 
au Centre Georges Pompidou en 2006

lundi 29 février 2016

lundi 22 février 2016

Alexandre Grothendieck

c'est une parenthèse de P.E. qui me permet aujourd'hui de faire sa connaissance

voici quelques échos de son passage sur Terre :

Alexandre nous a quittés le 13 novembre 2014, et depuis il est présenté – à juste titre – comme le plus grand mathématicien du XXe siècle, mais je dirais, le plus grand mathématicien de tous les temps ! et il faudra sans doute des dizaines d’années pour que la mathématique intègre toute la richesse qu’il nous a léguée. 
Je le cite : « On se refait plus à mon âge – et je suis pas fait pour, pour vendre ou faire vendre. Même quand il s’agit de faire plaisir (à soi-même, et aux amis...). Ce qui est venu, c’est une sorte de longue "promenade" commentée, à travers mon œuvre de mathématicien. Une promenade à l’intention surtout du "profane" – de celui qui "n’a jamais rien compris aux maths". Et à mon intention aussi, qui n’avais jamais pris le loisir d’une telle promenade. De fil en aiguille, je me suis vu amené à dégager et à dire des choses qui jusque là étaient toujours restées dans le non-dit. Comme par hasard, ce sont celles aussi que je sens les plus essentielles, dans mon travail et dans mon œuvre. »
À la lecture de ces Récoltes et Semailles, vous  allez rencontrer cet homme incomparable et aussi le monde effrayant et odieux dans lequel il a vécu…
Maurice Glaymann

lundi 15 février 2016

vendredi 12 février 2016

à la demande de V.M.

image de Patrick Sainton tirée des Archives des Lointains au Musée de l'Histoire Vivante
qu'ielles en soient ici remerciées

mardi 2 février 2016

jeudi 28 janvier 2016

Do you hav' Faillheur(t)?
photos Michel Alhadeff-Jones
agencement sonore pour performance de Foofwa d'Imobilité
réalisée dans les champignonnières du Bois de la Bâtie à Genève-Ch
le 11 septembre 2011

avec des emprunts à : Wadada Leo Smith(Until the Fire), Igor Stravinsky(L'oiseau de feu), Terry Riley(Bird of paradise), A Silver Mt Zion(This gentle hearts like shot bird's fallen), Olivier Messiaen(Abime des oiseaux), John Cale(Broken bird), Jean C. Roché(Sirli du désert et Regulus Ignicapillus), Henry Wolff & Nancy Hennings(Starfires), Biosphere(Ancient campfire), Morton Feldman(intersection) Chris Brown (Crack), Hans Helms (Fa M'Ahniesgwow) Lorna Windsor (J. Cage : Four Walls) Gabriela Ortiz (Five Micro Etudes) Douglas Quin (Forests) Sergio Luque (Frio) Olivier Messiaen (La Fête des Belles Eaux) Ryuichi Sakamoto (Funeral) et bien d'autres…

https://soundcloud.com/search?q=antoine%20lengo

nouvelles du jour

ou presque

 
 


Mescaline Mix



en complément :
http://www.numeridanse.tv/fr/video/340_my-lunch-with-anna

la chanson du jour

lundi 25 janvier 2016

Bérangère Maximin - Cracks



je découvre.. 

Israël Quellet - Mouvement 2



Israël Quellet est un artiste suisse, dont j'ai utilisé la musique, au même titre que celle de Charlemagne Palestine, pour soutenir le propos de "Au Contraire", pièce chorégraphique signée Foofwa d'Imobilité, hommage à Jean-Luc Godard. 

commande de la SACD pour le Sujet A Vif, Avignon, juillet 2010.

2014
projection vidéo
boucle, 1 min 25, 180 x 180 cm.

Les Barbelés D’Éden est une projection vidéo montée en boucle, où une phrase apparaît progressivement dans un entrelacs de lignes brisées évoquant la vie intracellulaire. Cette phrase, écrite en code Captcha (code utilisé pour différencier les robots des humains), est une citation de Lucrèce : «Medio de fonte le- porum surgit amari aliquid quod in ipsis floribus angat» (Au cœur de la source des plaisirs jaillit quelque chose d’amer qui, au sein même des délices, vous reste dans la gorge.)

dimanche 24 janvier 2016

mardi 19 janvier 2016

rien de personnel

les murs sont mes yeux et mes oreilles

à Marseille, Paris et ailleurs